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Un rapport TSN pour Tout Savoir sur Nous: 6. De Fukushima à Cadarache, la sûreté au quotidien

TSN comme Transparence et Sécurité Nucléaire. Un document officiel que le CEA se doit de produire afin de se conformer à la Loi relative à la Transparence et à la Sécurité Nucléaire de 2006. Même si, au-delà de l’obligation légale, ce rapport ressemble fort à un mode d’emploi. Une notice qui permet de savoir ce que l’on fait à Cadarache, et de comprendre pourquoi et comment on le fait. En une centaine de pages, le document dépasse donc l’obligation légale afin de permettre de «Tout Savoir sur Nous»… comme TSN! Car c’est aussi le sens de ce rapport, et de cette série d’articles. Afin de tenter de redonner du sens à un concept sans doute galvaudé: la transparence.

6. De Fukushima à Cadarache: la sûreté au quotidien
Sigles, abréviations, acronymes… le monde de la science est friand de ces formules à la fois pratiques et énigmatiques. Même si, eu égard à l’accident qui en est à l’origine, tout le monde se serait sans doute passé de connaître la signification d’ECS. Les Evaluations Complémentaires de Sûreté post-Fukushima font aujourd’hui partie du quotidien des exploitants nucléaires avec, pour le CEA, une série d’examens concernant 10 de ces installations. Ces démarches ont été imposées par le gouvernement français et les autorités européennes. Le but étant de prendre en compte des situations extrêmes (séisme + inondation + incendies + perte des systèmes de refroidissement) pour réévaluer le niveau de sûreté des installations nucléaires françaises. Dès 2011, trois installations du CEA Cadarache ont jugées prioritaires: l’ATPU (en cours de démantèlement), Masurca (à l’arrêt depuis 2007) et le RJH (en cours de construction). Trois cas particuliers en quelque sorte puisqu’aucune de ces installations n’est en cours d’exploitation. Ce n’est en revanche pas le cas des dossiers réclamés en 2012 par l’ASN qui, dans le même temps, a augmenté de 22% le nombre de ses inspections.
A noter enfin que l’objectif des dossiers ECS fournis par chacun des exploitants est d’identifier les situations éventuelles pouvant provoquer une «brusque dégradation des séquences accidentelles déjà prévues», également appelée «effet falaise». En évaluant les marges à prendre par rapport à cet éventuel effet falaise, l’exploitant est alors en mesure de proposer des dispositions complémentaires et de renforcer ainsi la robustesse de l’installation. Conformément aux décisions de l’ASN, le CEA a remis ses rapports avant le 15 septembre 2012. Les dossiers sont actuellement en cours d’analyse et l’Autorité de sûreté devrait rendre son verdict à l’automne.
Rapsodie (INB 25)
Le réacteur expérimental à neutrons rapides Rapsodie (d’une puissance de 40 MW) a été mis en exploitation en 1966 et il a fonctionné jusqu’en 1982. L’arrêt définitif du réacteur a été prononcé le 15 avril 1983. L’exploitation actuelle de l’installation consiste d’une part à la surveiller et d’autre part à préparer son démantèlement; sachant que le coeur a été déchargé et le combustible évacué. «L’ECS ne conduit pas à l’identification de risque d’effet falaise qui pourrait être induit par les situations examinées: séisme, inondation, autres phénomènes naturels extrêmes et perte des alimentations électriques», conclut le rapport du centre.
MCMF (INB 53)
Le Magasin Central des Matières Fissiles a pour fonction l’entreposage de matières fissiles non irradiées. Ses missions sont la réception et l’expédition des matières, et leur entreposage. Là aussi, le CEA estime que «l’Evaluation Complémentaire de Sûreté ne conduit pas à l’identification de risque d’effet falaise», même si certains points d’accumulation d’eau sont identifiés hors des zones d’entreposage et pourraient provoquer un risque de perte de l’alimentation électrique. Cet effet indirect n’aggraverait pas la situation puisqu’il est sans conséquence pour la sûreté de l’installation. Néanmoins, au titre de la robustesse, le CEA «envisage de réaliser un aménagement sur la voirie de type dos d’âne afin de dévier le ruissellement de l’eau».
Leca (INB 55)
Le Laboratoire d’Examen des Combustibles Actifs constitue la partie originelle de l’INB 55, à laquelle a été ajoutée la Station de Traitement, d’Assainissement et de Reconditionnement (Star). Le Leca réalise, au sein de cellules blindées et confinées, des transformations, des conditionnements et des examens à caractère destructif ou non destructif sur des matériaux et combustibles irradiés. L’ECS a permis «d’identifier un risque d’effet falaise engendré par un éventuel incendie consécutif à un séisme et susceptible de conduire à une dissémination importante de matières radioactives». Le CEA a donc proposé d’implanter un dispositif de coupure automatique des alimentations électriques sur détection sismique, afin de limiter le risque de départ de feu. Par ailleurs, le réexamen de sûreté du Leca est en cours et conduira à renforcer la robustesse de l’installation vis-à-vis du séisme.
Chicade (INB 156)
L’installation Chicade est dédiée à la réalisation d’expérimentations, principalement sur les déchets nucléaires, à l’expertise et au contrôle de colis de déchets conditionnés par les producteurs de déchets. Si l’Evaluation Complémentaire de Sûreté ne conduit pas à identifier de risque d’effet falaise, le CEA notre toutefois que «certains points d’accumulation d’eau sont identifiés hors des zones d’entreposage et pourraient provoquer une perte de l’alimentation électrique». C’est pourquoi il envisage de réaliser un aménagement (amovible) afin de se prémunir d’un ruissellement d’eau exceptionnel risquant de s’infiltrer dans l’installation
Cabri (INB 24)
Cabri est un réacteur expérimental de type piscine d’une puissance maximale de 25 MW. Il permet d’étudier le comportement du combustible, en reproduisant à une échelle réduite au niveau d’un crayon combustible, les effets de situations accidentelles qui pourraient se produire dans des réacteurs de puissance. Bien que l’évaluation complémentaire de sûreté n’ait mis en évidence aucun risque avéré d’effet falaise, les examens effectués ont mis en évidence l’intérêt que pourraient apporter des dispositions complémentaires. Le but est de «faciliter la gestion des situations considérées dans l’ECS et de renforcer encore la robustesse de l’installation». Il est donc proposé de mettre en place un capteur sismique supplémentaire et un système d’appoint d’eau dans la piscine depuis l’extérieur du bâtiment. L’alimentation électrique et la protection incendie peuvent également être améliorées.
Pégase (INB 22)
Pégase était un réacteur conçu à l’origine pour tester des éléments combustibles de la filière des réacteurs refroidis au gaz. Il a fonctionné de 1964 à 1975 et a été arrêté quand la filière a été abandonnée. Depuis1980, Pégase permet donc d’assurer l’entreposage sous eau ou en air de combustibles irradiés, et de fûts de sous-produits de fabrication d’éléments combustibles. Et ce, en attendant leur reprise et leur évacuation vers une autre installation. Le réexamen de sûreté réalisé en 2003 a mis en évidence une faiblesse au niveau de la résistance des structures, et le CEA s’est engagé à réaliser le désentreposage total de l’installation. Compte tenu de l’absence d’effet falaise identifié, le CEA n’envisage pas de mettre en place des dispositions complémentaires outre l’installation d’une rehausse sur la voirie pour améliorer la robustesse de l’installation vis-à-vis des écoulements des eaux pluviales.
Parc d’entreposage des déchets radioactifs (INB 56)
L’INB 56 a pour vocation principale l’entreposage des déchets radioactifs solides provenant du fonctionnement ou du démantèlement d’installations situées à l’intérieur ou à l’extérieur du centre. Compte tenu de l’absence d’effet falaise identifié, le CEA n’envisage pas de mettre en place des dispositions complémentaires outre une déviation des eaux pluviales en amont de l’installation.