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Un rapport TSN pour Tout Savoir sur Nous: 3. Intrusion ou simulation: apprendre à ne pas trembler

TSN comme Transparence et Sécurité Nucléaire. Un document officiel que le CEA se doit de produire afin de se conformer à la Loi relative à la Transparence et à la Sécurité Nucléaire de 2006. Même si, au-delà de l’obligation légale, ce rapport ressemble fort à un mode d’emploi. Une notice qui permet de savoir ce que l’on fait à Cadarache, et de comprendre pourquoi et comment on le fait. En une centaine de pages, le document dépasse donc l’obligation légale afin de permettre de «Tout Savoir sur Nous»… comme TSN! Car c’est aussi le sens de ce rapport, et de cette série d’articles. Afin de tenter de redonner du sens à un concept sans doute galvaudé: la transparence.

3. Intrusion ou simulation: apprendre à ne pas trembler
Si la terre tremblait à Cadarache ou à proximité, le CEA tremblerait-il aussi? Au-delà du jeu de mots, la question est au cœur des nombreuses simulations d’incidents qui jalonnent la vie des centres CEA; à Cadarache comme ailleurs. Dans chacun des cas, c’est le directeur du centre qui est responsable de la gestion de crise, via un ensemble de dispositions définies et décrites dans un document approuvé par l’ASN: le Plan d’Urgence Interne ou PUI. Avec, en la matière, des simulations (annoncées ou non) très régulières afin de tester l’efficacité des procédures.
En janvier 2012, le centre avait fait l’objet d’une mise à l’épreuve (annoncée cette fois), à l’occasion d’un exercice national de crise mêlant sécurité civile et sûreté. Sachant que le fait de simuler un séisme ayant des répercussions civiles et nucléaires était une première en France. Et au niveau mondial, il n’y avait eu que trois précédents de cette envergure…
«Une secousse violente vient d’avoir lieu. Les gens sont paniqués.» C’est donc ainsi que tout a commencé le 17 janvier 2012. Roger Pizot, le maire de Saint-Paul-lez-Durance, reçoit un SMS qui symbolise le début de l’exercice: tout premier élément d’un scénario qui ne va cesser d’évoluer. L’épicentre du séisme est situé à Beaumont-de-Pertuis, à une dizaine de kilomètres du centre. On apprendra plus tard que la secousse enregistrée avait une magnitude de 5,5… On est donc juste au-dessus du SMHV: le séisme maximal historiquement vraisemblable (estimé à 5,3). Et la puissance du tremblement de terre a provoqué la rupture des moyens de communication classiques: plus de lignes France Telecom et absence de réseau GSM. Le directeur du CEA Cadarache, Maurice Mazière, déclenche le plan d’urgence interne (PUI) à 9h17. Mais devant l’ampleur des dégâts, il décide de passer à la phase supérieure et, en concertation avec Hugues Parant, le préfet de région d’alors, il arme le PPI: le plan particulier d’intervention. Toutes les personnes situées dans un rayon de 5 kilomètres, dans les communes de Saint-Paul-lez-Durance, Beaumont-de-Pertuis, Corbières, Vinon-sur-Verdon, Ginasservis, Rians et Jouques devraient savoir ce que signifient ces sirènes hurlantes…
Concrètement, et au-delà du séisme lui-même, Maurice Mazière estime donc que les conséquences radiologiques peuvent dépasser les limites du centre. D’autant que le bâtiment dédié à la radioprotection a lui aussi été touché… Au CEA, les salariés évacuent leurs bureaux et laboratoires et sont mis à l’abri sur le centre. L’attention se focalise sur quatre bâtiments: deux sont en feu, les deux autres sont partiellement détruits. Parmi eux, l’installation Pégase, où sont stockés des déchets nucléaires: trois personnes sont ensevelies et on craint des fuites radioactives. Le SDIS prête main-forte aux agents des forces locales de sécurité (FLS) et le groupe Intra, spécialiste de l’intervention robotisée en milieu hostile, ne tarde pas à intervenir. On dénombre rapidement une dizaine de blessés à l’intérieur du centre. Le concours de la cellule mobile d’intervention radiologique du SDIS permet de déceler des traces de contamination sur l’une d’elles et une évacuation vers un centre hospitalier spécialisé, en région parisienne, se met en place… En fin de journée, au moment où le préfet de région décide de lever l’alerte, les dégâts sont énormes et le bilan très lourd en dehors des clôtures du centre. On dénombre déjà de 75 morts et de plus de 7500 personnes sans-abri. Les routes, coupées au nord de Cadarache, obligent d’ailleurs le centre à organiser le rapatriement de 2000 de ses salariés vers des gymnases des Bouches-du-Rhône. Un ultime rebondissement qui, cette fois, n’a absolument rien de nucléaire. Preuve que, dans de telles conditions, le plus dur ne se situe sans doute pas de ce côté.
Ce n’est d’ailleurs pas sans raison si l’ASN a affirmé encore récemment (en avril 2013 à l’occasion d’une réunion de la Cli) que «la prise en compte du risque sismique du centre de Cadarache est exemplaire». A l’origine de ce satisfecit, l’Autorité a noté «l’amélioration du niveau de prise en compte et le fort investissement du CEA Cadarache en la matière». Des points qui sont d’ailleurs nettement ressortis à l’occasion de l’exercice simulant un séisme impactant le CEA Cadarache mais également les communes alentours. «Malgré des conditions très dégradées, notamment en termes de communication, l’exploitant a su gérer la situation», a souligné Ghislaine Verrhiest-Leblanc, qui est également référent «séisme» à la division de l’Autorité de sûreté de Marseille. «Le retour d’expérience est très positif, notamment en ce qui concerne la manière dont la crise a été traitée et gérée par l’exploitant».