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Médecine nucléaire: des atouts indispensables

C’est Christian Bonnet, directeur du centre de Cadarache, qui a ouvert samedi 6 juin la 3e édition du séminaire de médecine nucléaire organisé par le CEA. L’occasion d’une présentation du centre bucco-rhôdanien et de ses activités avec, notamment, la construction en cours d’un réacteur de recherche, le RJH (réacteur Jules Horowitz) qui produira des radio-isotopes à usage médical.
Le docteur Laurence Lebaron-Jacobs (direction des sciences du vivant du CEA) a ensuite enchainé en détaillant les données actuellement disponibles en matière d’effets sanitaires des rayonnements ionisants. L’occasion de rappeler que plus de 66% de l’exposition humaine est d’origine naturelle. L’exposition artificielle est très essentiellement due aux applications médicales; l’industrie nucléaire et les retombées atmosphériques ne représentant que 0,3% de l’exposition totale. Les effets de ces expositions artificielles sont étudiées de longue date, notamment sur les victimes d’Hiroshima et Nagasaki pour les fortes doses. Plus récemment, l’accident de Tchernobyl a permis d’aboutir à de premières conclusions: si l’augmentation de cancers a été avérée dans le périmètre de la catastrophe (notamment auprès des enfants ayant moins de 18 ans au moment de l’accident), il n’en est rien dans les pays alentours. Les études menées depuis 1986 démontrent en effet qu’il n’y a pas d’effet Tchernobyl sur l’augmentation des cancers de la thyroïde. Ce type de cancers augmente en effet dans toutes les tranches d’âges et dans tous les pays développés, depuis 1975, notamment en raison d’un dépistage de plus en plus précoce avec des diagnostics très favorables. Ce qui signifie aussi qu’en matière de radioprotection, et donc de faibles doses reçues, aucun effet n’a pu être détecté sur l’homme; même si des études sont toujours en cours. En 2006, dans un rapport officiel, l’Organisation Mondiale de la Santé a d’ailleurs conclu qu’il n’y avait « aucun impact significatif de l’accident de Tchernobyl sur la mortalité infantile ou l’émergence de malformations » dans la mesure où la « mortalité infantile observée dans les zones contaminées est comparable à celle mesurée dans les zones géographiques connexes et non contaminées ».
A noter également que le cycle de présentations a été l’occasion d’un éclairage particulier sur le RJH. Réacteur de recherche dédié aux études de comportement sous irradiation des combustibles et des matériaux pour les différentes générations de réacteurs nucléaires, il participera également à la santé publique européenne à partir de 2020. Il assurera en effet la production de radionucléides utilisés par le secteur médical pour réaliser des examens non intrusifs par le biais des scintigraphies. Ces éléments sont actuellement produits par plusieurs réacteurs de recherche, construits dans les années 60. Ce qui signifie qu’ils peuvent faire l’objet de mises à l’arrêt, du fait de leur âge, aboutissant alors au paradoxe médico-industriel suivant: d’un côté, on a des éléments à vie très courte qui ne peuvent pas être stockés. Et de l’autre, on a une demande très forte pour assurer environ 25 millions d’examens médicaux par an dans le monde (8 millions en Europe et 715 000 en France). Le renouvellement de cette capacité de production constitue donc un enjeu majeur de santé publique. Et le RJH apportera un élément de réponse stratégique par sa capacité de production comprise entre 25% (soit l’équivalent de deux millions de personnes traitées) et 50% des besoins annuels de l’Union européenne en rayons beta et gamma. A terme, le RJH prendra donc la succession du réacteur Osiris, en doublant la capacité de production du CEA: la divergence est aujourd’hui programmée pour octobre 2019.