Accueil » Actualités, Communiqué, Environnement, Evénements, Presse, Publications, Sciences et techniques

Médecine et nucléaire: une indispensable collaboration

Informations, échanges, visites… Samedi 14 juin, la deuxième édition du séminaire dédié à la médecine nucléaire a confirmé l’intérêt des praticiens avec, d’un côté, des convaincus, de l’autre, nombre de médecins locaux (40 du Pays d’Aix et plus d’une vingtaine issus du bassin manosquin) désireux de savoir et comprendre. C’est Christian Bonnet, directeur du centre de Cadarache, qui a ouvert le séminaire par une présentation du centre et de ses activités avec, notamment, la construction en cours d’un réacteur de recherche, le RJH (Réacteur Jules Horowitz) qui produira aussi des radio-isotopes à usage médical (1).
Le docteur Laurence Lebaron-Jacobs(direction des sciences du vivant du CEA) a ensuite enchainé en détaillant les données actuellement disponibles en matière d’effets sanitaires des rayonnements ionisants. L’occasion de rappeler que plus de 66% de l’exposition humaine est d’origine naturelle. L’exposition artificielle est très essentiellement due aux applications médicales; l’industrie nucléaire et les retombées atmosphériques ne représente en effet que 0,3% de l’exposition totale. Les effets de ces expositions artificielles sont étudiées de longue date, notamment sur les victimes d’Hiroshima et Nagasaki pour les fortes doses. Plus récemment, l’accident de Tchernobyl a permis d’aboutir à des premières conclusions: si l’augmentation de cancers a été avérée dans le périmètre de la catastrophe (notamment auprès des enfants ayant moins de 18 ans au moment de l’accident), il n’en est rien dans les pays alentours. Les études menées depuis 1986 démontrent en effet qu’il n’y a pas d’effet Tchernobyl sur l’augmentation des cancers
de la thyroïde. Ce type de cancers augmente en effet dans toutes les tranches d’âges et dans tous les pays développés, depuis 1975, notamment en raison d’un dépistage de plus en plus précoce avec des diagnostics très favorables. Ce qui signifie aussi qu’en matière de radioprotection, et donc de faibles doses reçues, aucun effet n’a pu être détecté sur l’homme.
Loin d’être remis en cause, l’usage des isotopes pour le diagnostic et le traitement médical compte donc aujourd’hui parmi les outils indispensables de la médecine nucléaire, comme l’a une nouvelle fois rappelé le docteur Jean-Philippe Vuillez, président de la Société française de médecine nucléaire: « l’utilisation des MRP, médicaments radio-pharmaceutiques, comme traceurs radioactifs permet une imagerie fonctionnelle, biochimique, cellulaire et moléculaire. Il s’agit d’une exploration non invasive de processus métaboliques, cellulaires et moléculaires dans l’organisme». Pas étonnant donc d’assister à une augmentation de la dose collective reçue: « on fait de plus en d’examens parce que les gens vivent de plus en vieux ! » Et, finalement, on constate que l’essentiel de la dose distribuée l’est sur une population qui a entre 60 et 80 ans.

1. Le réacteur Jules Horowitz (RJH) est un réacteur de recherche. Parmi ses multiples missions, le RJH produira aussi des radionucléides utilisés par le secteur médical pour réaliser des examens non intrusifs par le biais des scintigraphies. Ces éléments sont actuellement produits par plusieurs réacteurs de recherche, construits dans les années 60. Ce qui signifie qu’ils peuvent faire l’objet de mises à l’arrêt, du fait de leur âge, aboutissant alors au paradoxe médico-industriel suivant: d’un côté, on des éléments à vie très courte qui ne peuvent pas être stockés. Et de l’autre, on a une demande très forte pour assurer environ 25 millions d’examens médicaux par an dans le monde (8 millions en Europe et 715 000 en France). Le renouvellement de cette capacité de production constitue donc un enjeu majeur de santé publique. Et le RJH apportera un élément de réponse stratégique par sa capacité de production comprise entre 25% et 50% des besoins annuels de l’Union européenne.