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L’abandon du nucléaire coûterait 1000 milliards d’euros à l’Allemagne

«Les Allemands ne reviendront pas en arrière!» Après la conclusion officielle de sa conférence, Hartmut Lauer a tenté d’expliquer les raisons qui, malgré une tension économique et des difficultés techniques, interdisent tout retour en arrière en Allemagne. «Vous savez, les réserves de lignite sont colossales, sans doute une centaine d’années. Et les Allemands ont nettement moins peur des gaz à effet de serre que du nucléaire…» Cette appréhension ne remonte d’ailleurs pas à mars 2011. C’est en effet en 1998 que la coalition, composée par les socialistes du SPD de Gerhard Schröder et les Verts, décide l’abandon progressif du nucléaire en Allemagne et adopte la loi sur les EnR. Aucune nouvelle centrale ne sera construite et la durée théorique d’exploitation est fixée à 32 ans sans, toutefois, que des dates butoirs soient fixées. Un cadre qui s’assouplit très légèrement en 2009 avec l’arrivée au gouvernement de la coalition formée de l’Union chrétienne démocrate (CDU/CSU) et des libéraux du FDP. Le nucléaire est alors considéré comme une technologie de transition pour aller vers le tout renouvelable, et les Allemands se disent prêts à prolonger les durées d’exploitation, dans un un cadre très strict en matière de sûreté. L’interdiction de nouvelles constructions reste en vigueur et un nouvel accord avec les exploitants doit permettre de planifier les futures échéances. Dans le même temps, une taxe sur le combustible apparaît: elle est destinée à financer les énergies renouvelables.
Mais ce cadre vole en éclat en 2011 à la suite des événements de Fukushima. La chancelière Merkel effectue un revirement et déclare: «Fukushima a changé ma position sur le nucléaire. J’ai adopté une nouvelle appréciation car le risque résiduel de l’énergie nucléaire n’est acceptable que pour celui qui est persuadé que ce risque ne se produira pas à l’échelle humaine. Maintenant il s’est produit. C’est de cela qu’il s’agit. Non de l’occurrence en Allemagne d’un séisme aussi dévastateur ou d’un tsunami catastrophique comme au Japon. Il s’agit de la fiabilité des analyses de risque et celle des analyses de probabilité.» Au mois d’août, l’amendement est donc signé et 8 centrales sont immédiatement fermées. Une date butoir est fixée pour les 9 autres qui devront cesser toute activité au plus tard en 2022.
Les conséquences sont immédiates pour le secteur où personne n’avait anticipé une telle décision et, surtout, une sortie du nucléaire non concertée avec les partenaires européens. L’Allemagne a donc augmenté la part du charbon et de la lignite dans son mix énergétique avec plus de 45%, tandis que le nucléaire ne représente plus que 16% (contre 22% auparavant et jusqu’à 25% au plus fort de son activité). Mais le réseau sature souvent entre le Nord et le Sud du pays où le maintien de la tension s’avère souvent problématique. Et si tout le monde s’accorde pour dire que la réussite du tournant énergétique passera par le développement du réseau, le premier défi se situe au niveau des prix de l’électricité, qui pèsent de plus en plus sur les ménages, en raison de la contribution pour le développement des EnR. Car la production d’électricité à partir des énergies renouvelables est fortement subventionnée. Le montant de ces aides doit d’ailleurs passer de 1,2 milliard d’euros en 2000 à 19 milliards en 2013. Et la contribution EnR est donc elle-même passée de 0,2 centimes par kWh en 2000 à 5,3 en 2013. Ce qui représente pour un foyer moyen une hausse de 20% de sa facture. En moyenne, un Allemand paie son électricité 60% plus cher qu’un Français (50% pour l’industrie).
D’où la conclusion de Hartmut Lauer sur la «complexité du tournant énergétique, qui se révèle chaque jour plus évidente». Son succès est en effet conditionné par l’efficacité des mesures accompagnatrices (notamment le développement du réseau); l’absence d’interruption majeure dans l’approvisionnement énergétique; et la maîtrise des coûts, notamment celui de la contribution au financement des renouvelables. Malgré tout, l’ancien dirigeant du groupe nucléaire allemand ajoute que «la sortie définitive du nucléaire d’ici 2022 est très ambitieuse puisqu’il faudra compenser environ 100 TWh supplémentaires. Sans oublier la question du stockage final, qui reste cruciale pour la mise en place des stratégies de démantèlement». Cette problématique est en effet toujours restée en suspens. Le site de stockage provisoire de Gorleben (Basse-Saxe) a déjà provoqué des manifestations de protestation depuis les années 80. Et cela fait plusieurs années que les militants opposés au nucléaire multiplient les actions pour bloquer le transport de ces déchets. Le ministre de l’environnement, Peter Altmaier, a présenté le 9 avril un plan qui prévoit la mise en place d’une commission de 24 membres, d’ici 2015, et dont la tâche sera de recommander, d’ici 2031, un nouveau site qui serait ensuite construit pour 2040.
Autant de difficultés qui ont abouti à une première estimation du coût de l’abandon du nucléaire en Allemagne. Selon Peter Altmaier, on atteindrait les 1000 milliards d’euros!