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Comment Tore Supra a préparé le terrain d’Iter

Quand on fête le 25e anniversaire d’un projet de recherche, l’événement réunit inévitablement des personnes plus proches de la fin de carrière que du début… Et quand les conversations s’engagent, cela ressemble fort à certains dialogues d’anciens combattants. A un détail près cependant: ceux qui ont participé à la mise en place et au lancement de Tore Supra au sein du CEA Cadarache, font aujourd’hui encore figure de pionniers. Parce qu’ils ont ouvert la voie à des recherches plus larges et approfondies sur la fusion nucléaire. Au point d’être considérée aujourd’hui comme une très probable source d’énergie, d’ici la fin du siècle. Et de Tore Supra à Iter, il n’y a finalement qu’un pas… franchi en moins d’un quart de siècle.
Pourtant, tout a démarré avec un échec. Dans les années 70, Cadarache postule en effet pour accueillir le premier tokamak de grande taille: le Jet. Mais le site français, qui ne comporte aucune installation de fusion, est rapidement éliminé et le plus grand tokamak du monde est construit à Culham, en Angleterre. Même si, finalement, cet échec constitue le point de départ d’une nouvelle stratégie au sein du CEA qui, à défaut de posséder la plus grosse installation, se positionne sur les plasmas de longue durée. Et afin de ne pas passer à côté de la machine qui succédera à Jet, le déplacement à Cadarache de l’ensemble des personnels spécialisés dans la fusion, soit plus de 200 personnes, est décidé au début des année 80.
C’est ainsi que Tore Supra est né, avec le soutien du directeur de la recherche fondamentale du Commissariat: un certain Jules Horowitz… La construction du réacteur a démarré en 1981, avec 45% de fonds européen, pour une mise en service en 1988 et un premier plasma obtenu dans la nuit du 1er au 2 avril.
C’était le début de 25 années de recherches, durant lesquelles l’aimant de Tore Supra n’a jamais fait défaut: précision et régularité ont toujours été au rendez-vous. Et c’est précisément ce qui a permis d’avancer dans des domaines aussi complexes que le refroidissement des parois. Ce n’est en effet qu’au début des années 2000 que le premier bouclier thermique réellement efficace a été mis au point (par des industriels européens) permettant au réacteur de progresser encore et de dépasser les 6 minutes de durée de plasma, établissant ainsi un record mondial.
«Au cours de ces 25 années d’exploitation, Tore Supra a permis de démontrer qu’il est possible de réaliser des décharges de longue durée à forte puissance grâce à une maîtrise des systèmes supraconducteurs, et à un progrès considérable dans les technologies d’extraction de puissance», devait conclure Michel Chatelier (conseilleur scientifique de Gabriele Fioni, directeur des sciences de la matière du CEA), avant d’annoncer que «Tore Supra est prêt à poursuivre sa carrière… pourvu qu’on le lui demande!»
La demande a été faite. Et la réponse, positive, a été actée le 7 mars dernier avec le lancement du projet West. Le grand frère d’Iter se mettant désormais officiellement à son service. Comme ce fut déjà le cas au moment de choisir le site qui allait accueillir le plus grand projet de recherche international du moment, conformément aux annonces de Jules Horowitz; pionnier lui aussi.