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Cité des énergies: des micro-algues dans votre moteur

Quand on la stresse, elle fait du gras. Mieux encore, si on la prive de nourriture, elle se met à faire des réserves. Et elle produit encore plus de gras… Et c’est précisément ce qu’on recherche! Elle, c’est mademoiselle Chlamydomonas  reinhardtii. Charmante algue de quelques microns à peine dont nombre de biologistes sont épris. Il faut dire qu’elle le leur rend bien: elle pousse partout, même dans le désert, et n’a besoin que de 8 heures pour se multiplier. Et ses charmes dépassent d’ailleurs assez largement les paillasses des labos puisque la belle produit du gras. Autrement dit des lipides, que l’on sait transformer en biodiesel.
A Cadarache, cette micro-algue est étudiée depuis des années dans le cadre d’HélioBiotec. De la recherche fondamentale pour apprendre à connaître, et maîtriser, ce petit bijou de la nature. Présente partout, elle n’a besoin que de lumière pour se développer. Voire d’une petite dose de dioxyde carbone, qui favorise sa croissance. Autrement dit, en théorie, on a affaire à une micro-algue capable de produire du carburant quasiment partout et tout le temps! En théorie seulement… Car entre la recherche fondamentale, qui permet aujourd’hui d’affirmer que tout cela est bel et bien possible, et une production industrielle susceptible de remplir nos réservoirs, il y a un océan. Et de nombreuses années seront sans doute nécessaires pour le traverser.
Pourtant face à la problématique de l’énergie, et dans un contexte de raréfaction des hydrocarbures (donc de flambée des prix du pétrole), de nombreux pays se sont lancés dans la course aux carburants de troisième génération. Une concurrence internationale, notamment pour les subventions, pimentée par un jeu d’annonces pas toujours crédibles… Car personne ne peut aujourd’hui affirmer qu’un véhicule a déjà roulé avec ce carburant comme seule source d’énergie. Mais personne ne doute en revanche que ça sera bientôt possible. Reste à savoir qui y parviendra en premier. Et quand. C’est précisément pour répondre à ces deux questions que le CEA a décidé de passer à la vitesse supérieure et de dédoubler la plateforme de Cadarache: dans les prochains mois, HélioBiotec travaillera donc main dans la main avec Hélioprocess.
La recherche fondamentale continuera, afin d’améliorer le rendement de la micro-algue, mais servira également les intérêts d’une seconde équipe dont l’objectif sera d’avancer vers l’industrialisation du procédé. Plus de 6 millions d’euros de budget, et près de 50 personnes au total, seront dédiés à ce projet qui se matérialisera dans les locaux de la Cité des énergies. Comme un symbole de cette volonté d’aller à la rencontre des industriels afin de transformer ce savoir en savoir-faire. Et de le rendre rentable. Car le nerf de la guerre, c’est le prix du litre du carburant.
Le quotidien des automobilistes croise donc celui de chercheurs qui ne sont pas encore en mesure d’optimiser leurs coûts. Chaque photobioréacteur (la cuve éclairée et régulée où l’on produit l’algue) est un prototype et plusieurs sont en cours de tests. Idem pour l’étape de récolte puis d’extraction des lipides avec, à chaque fois, un rapport au temps et à l’énergie dépensée pour effectuer la manipulation. Avec ce paradoxe de toucher au but, puisqu’on sait faire, et d’avoir encore une multitude de détails à régler avant de construire la première bioraffinerie. Une usine où les micro-algues pousseraient dans des eaux usées, afin de les dépolluer, tout en se nourrissant du CO2 rejeté par l’ensemble du processus industriel. Le biocarburant serait produit à partir d’une algue dont on sait utiliser 60% de sa matière. Ce qui signifie que les 40% restant serviraient à chauffer l’usine grâce à la méthanisation des résidus. Et cette autonomie, proche de l’idéal écologique et industriel, ne semble désormais pas si utopique.
A Cadarache, on estime que c’est l’affaire d’une quinzaine d’années. Quinze ans avant de faire le plein de biocarburant chez mademoiselle Chlamydomonas reinhardtii. Mais peut-être moins, en fonction des réserves de pétrole et de l’attitude des géants du secteur. Sachant que tous ont déjà investi dans au moins un projet de recherche de biocarburant de 3e génération.