Accueil » Actualités, Environnement, Evénements, Publications, Sciences et techniques

Bruno Rebelle: «On ne doit pas tordre le cou à la R&D»

Mesure et ouverture. Loin de l’image véhiculée par ceux qui avaient vainement tenté de forcer l’enceinte du CEA Cadarache en 2011, l’ancien dirigeant de Greenpeace a affiché des propos mesurés à Manosque. Bruno Rebelle a en effet participé vendredi 29 mars débat co-organisé par la Région Paca et les Parcs du Luberon et du Verdon. Il s’est exprimé au titre de membre du Comité de pilotage du débat national sur la transition énergétique, rappelant dès sa toute première intervention «qu’il est important que tous les acteurs aient la parole et que le débat irrigue tous les secteurs».

Quelle est la priorité en matière de politique énergétique?
«Nous devons aujourd’hui répondre à une triple exigence: réduire nos émissions de gaz à effet de serre, réaliser des économies d’énergie et développer les renouvelables. Sachant que nous affichons d’ores et déjà des handicaps pour atteindre ces objectifs à l’horizon 2020 puisque nous sommes toujours extrêmement dépendants du pétrole et du gaz, et qu’on n’a enregistré que 3% de baisse en matière d’économie d’énergie. Il n’y a que pour les renouvelables que nous sommes dans le tempo: 14% réalisés pour un objectif de 20% en 2020.»
Quelle place pour la question du coût de l’énergie?
«C’est clairement le deuxième impératif, compte-tenu de la hausse des prix du pétrole et du gaz. La facture énergétique nationale n’a jamais été aussi élevée: 71 milliards d’euros d’importations en 2012, soit 8 milliards de plus qu’en 2011. On ose à peine imaginer le choc de compétitivité que représenterait la réduction de cette facture, histoire de garder quelques milliards à la maison!»
Autre facture qui pose problème, celle des particuliers…
«C’est la conséquence directe de la hausse des prix: la précarité énergétique. On estime que 10% des ménages français sont en situation de précarité et que quasiment un ménage sur deux (47% exactement) a volontairement réduit sa consommation ces derniers mois quitte à empiéter sur son confort.»
Quels sont les premiers éléments de réponse?
«Le but du débat est de parvenir à faire remonter des propositions et des témoignages de ce qui se fait déjà. Concrètement, cela signifie qu’il y a une inversion de la polarité: après des années de politique centralisée en la matière, on donne du pouvoir aux territoires et on écoute le grand public.»
Et que dit-il?
«Pour le citoyen, énergie est synonyme de facture. Et, à ma grande surprise, le débat ne se résume jamais à la question d’être pour ou contre le nucléaire, ou pour ou contre les gaz de schiste. Cela permet donc de débattre du fond avec un arbitrage à faire entre nos besoins et nos envies, pondérés par les inconvénients de chaque solution.»
Ce qui signifie que l’ancien responsable de Greenpeace ne s’affiche jamais comme un anti-nucléaire?
«J’ai évidemment un avis personnel tranché sur la question, au titre des énergies d’avenir, donc à long terme. Mais dans le débats, je préfère poser des questions, comme celle de notre parc nucléaire. On sait qu’il est en fin de vie et que l’on doit aujourd’hui répondre à la question de son avenir: est-ce qu’on remplace ou est-ce qu’on prolonge? Sachant que les coûts sont différents et qu’il faut passer à long terme.»
Le long terme, ça peut aussi être l’énergie de fusion?
«Oui, si ça fonctionne, c’est idéal. Même si, dans une période d’économie contrainte, j’aurais préféré à titre personnel que l’on investisse ces milliards ailleurs. Mais maintenant que le projet est lancé, il ne faut pas revenir en arrière. D’une manière générale, je pense qu’il ne faut surtout pas tordre le cou à la R&D.»