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Algues microscopiques pour projets macro-économiques

Les «rencontres CEA – Industrie» se sont tenues le 8 novembre à Gardanne: plus de 80 personnes, représentant 30 entreprises, ont participé à ce rendez-vous consacré aux microalgues. Des organismes qui, du biodiesel à la cosmétique en passant par l’agroalimentaire, n’ont pas fini de séduire les industriels.
Quand on la stresse, elle fait du gras. Mieux encore, si on la prive de nourriture, elle se met à faire des réserves. Et elle produit encore plus de gras… Et c’est précisément ce qu’on recherche! Elle, c’est mademoiselle Chlamydomonas reinhardtii. Charmante algue de quelques microns à peine dont nombre de biologistes sont épris. Il faut dire qu’elle le leur rend bien: elle pousse partout, même dans le désert, et n’a besoin que de 8 heures pour se multiplier. Et ses charmes dépassent d’ailleurs assez largement les paillasses des labos puisque la belle produit du gras. Autrement dit des lipides, que l’on sait transformer en biodiesel. A Cadarache, cette micro-algue est étudiée depuis des années dans le cadre d’HélioBiotec. De la recherche fondamentale pour apprendre à connaître, et maîtriser, ce petit bijou de la nature. Présente partout, elle n’a besoin que de lumière pour se développer. Voire d’une petite dose de dioxyde carbone, qui favorise sa croissance. Autrement dit, en théorie, on a affaire à une micro-algue capable de produire du carburant quasiment partout et tout le temps! En théorie seulement… Car entre la recherche fondamentale, qui permet aujourd’hui d’affirmer que tout cela est bel et bien possible, et une production industrielle susceptible de remplir nos réservoirs, il y a un océan.
Personne ne peut aujourd’hui affirmer qu’un véhicule a déjà roulé avec ce carburant comme seule source d’énergie. Mais personne ne doute en revanche que ça sera bientôt possible. Reste à savoir qui y parviendra en premier. Et quand. C’est précisément pour répondre à ces deux questions que le CEA a décidé de passer à la vitesse supérieure et de dédoubler la plateforme de Cadarache: HélioBiotec travaille donc main dans la main avec Hélioprocess. La recherche fondamentale continue, afin d’améliorer le rendement de la micro-algue, mais sert également les intérêts d’une seconde équipe dont l’objectif est d’avancer vers l’industrialisation du procédé. Plus de 6 millions d’euros de budget, et près de 50 personnes au total, sont dédiés à ce projet qui se matérialise dans les locaux de la Cité des énergies.
Car l’une des problématiques majeures est celle de l’optimisation des coûts: chaque photobioréacteur (la cuve éclairée et régulée où l’on produit l’algue) est un prototype et plusieurs sont en cours de tests. Idem pour l’étape de récolte puis d’extraction des lipides avec, à chaque fois, un rapport au temps et à l’énergie dépensée pour effectuer la manipulation. Avec ce paradoxe de toucher au but, puisqu’on sait faire, et d’avoir encore une multitude de détails à régler avant de construire la première bioraffinerie. Une usine où les micro-algues pousseraient dans des eaux usées, afin de les dépolluer, tout en se nourrissant du CO2 rejeté par l’ensemble du processus industriel. Le biocarburant serait produit à partir d’une algue dont on sait utiliser 60% de sa matière. Ce qui signifie que les 40% restant serviraient à chauffer l’usine grâce à la méthanisation des résidus. Une autonomie, proche de l’idéal écologique et industriel, ne semble désormais pas si utopique. A Cadarache, on estime que c’est l’affaire d’une quinzaine d’années. Quinze ans avant de faire le plein de biocarburant chez mademoiselle Chlamydomonas reinhardtii. Même si, en attendant la belle pourrait bien servir d’autres intérêts… «Notre objectif est de contribuer au développement des marchés de manière compétitive», détaille en effet Pierre Joubert, le chef du projet de la Cité des énergies. «C’est pourquoi nous avons cerné ce qui demande du temps et ce qui en demande moins. Pour les biocarburants, il est clair qu’il nous faudra de 10 à 15 ans pour être performants. Le problème est que nous savons les produire à la taille de l’aquarium, mais qu’il en va autrement si on veut élaborer un projet pour aller plus loin, qui soit pertinent, et participer ainsi à la reconversion de la pétrochimie de l’étang de Berre au travers de la chimie verte. En revanche, nous avons avancé pour la cosmétique et l’alimentation animale, notamment en ce qui concerne la pisciculture. Et il y a aussi d’autres voies qui se font jour, par exemple dans le domaine des matériaux…»